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Aimer dans le Seigneur : une liberté qui ouvre à l’autre.

Homélie du 4 novembre 2020

« Préférer le Seigneur à son père, à sa mère, à son épouse, ses enfants, ses frères et soeurs, voire sa propre vie : voilà une parole qui peut surprendre.
Pourtant elle est vraiment au coeur de l’expérience de la foi. De se dire que nos amours les plus légitimes, les plus grands de notre vie ne font pas d’ombre avec ceux du Seigneur. Au contraire, ils sont appelés à trouver dans cet amour là, leur fondement.
On sait ce que peut donner d’aimer son conjoint dans le Seigneur, d’aimer ses enfants dans le Seigneur. On voit des parents qui manifestent à quelle délicatesse, quelle profondeur d’amour cela les conduit que d’aimer leurs enfants dans le Seigneur et de s’aimer soi-même dans le Seigneur et d’aimer ses parents dans le Seigneur. L’amour du Seigneur devenant, au fond, source et fondement de tous nos amours les plus légitimes.
Alors cela peut peut-être surprendre que cela soit si nécessaire et pourtant c’est comme cela que le Seigneur nous a révélés: aimer son Père comme le fondement de sa vie.
Ce qui rejoint peut être la première lecture, celle aux Philippiens, où Paul se réjouit de voir des Chrétiens qui ont toujours obéi.

Ce mot d’obéissance n’est pas très bien compris dans le monde qui est le nôtre et qui se veut très indépendant.
Cependant c’est de même nature, c’est cette écoute de l’autre, cette écoute du Seigneur, comme son amour, devenant fondement de notre vie. On peut comprendre qu’aujourd’hui, il faudrait s’en expliquer avec notre mentalité moderne qui est actuellement très sensible à tout ce qui concernerait l’émancipation.
Sans doute faut-il s’entendre sur ce mot d’émancipation.
S’il s’agit effectivement de désaliéner, de libérer ce qui, dans nos rapports humains, peut rendre l’autre moindre et dépendant, oui ! Mais si l’émancipation devient cette requête de vouloir exister par soi-même, pour soi-même, d’être l’unique référent de nos vies. Si nous devenons l’unique référent de nos vies, nous n’entrons pas dans cette relation aimante, y compris pouvant aller jusqu’à une écoute profonde qui est l’obéissance, qui est l’écoute de l’autre en profondeur, alors je crois que nous allons vers des impasses. Celles d’un individualisme devenant absolu ! Et sans doute faut-il que dans nos manières de vivre notre foi il y ait assez de justesse pour qu’on révèle aux autres que de dépendre du Seigneur et de son amour, et d’accepter de dépendre les uns et les autres pour qu’il soit référence pour nos vies, ne nous aliène pas mais nous ouvre à cette liberté intérieure, cette liberté spirituelle hors de laquelle les autres libertés risquent d’être encore insatisfaisantes.
C’est dans tous les cas vers quoi nous ouvre cette écoute de l’Ecriture en ce jour : d’exister non pas par soi-même, pour soi-même uniquement mais d’exister avec et pour les autres et pour le Seigneur.
Amen. »

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